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samedi 22 octobre 2011

LEÏLA SEBBAR : Je ne parle pas la langue de mon père

Après avoir lu le récit de Geneviève Brisac : " Une année avec mon père", j'ai voulu reprendre ce récit de Leïla Sebbar. Dans ces deux récits la figure du père, le rapport au père est présent face à sa fille.
Ce récit est un travail de mémoire son père est décédé en 1997. Leïla Sebbar essaye de comprendre à travers ses souvenirs qui était son père. 

Leïla Sebbar est née d’un père algérien et d’une mère française aussi institutrice.   «Je ne parle pas la langue de mon père»: ce constat qui revient régulièrement ponctuer la pensée de la narratrice.  "Je ne pourrai pas dire à mon père ce que j'ai appris récemment, qu'il savait peut-être. Le Clos-Salembier. Populaire et sauvage. Ce quartier a fait peur, d'abord aux petits Blancs de la colonie, puis aux notables de l'Algérie algérienne, des révolutionnaires sont nés dans ses maisons pauvres, des coursives de l'école on distinguait à peine les ruelles trop étroites, obscures dans le soleil, comme dans le bidonville..."C'est le regard d'une enfant, ses souvenirs d'enfance, du temps où l'Algérie était Français.  C'est à travers ses yeux d'enfance qu'elle cherche à savoir qui était son père, algérien instituteur  du bled, enseignait le français au kabyle, berbère, arabe. Il est de la même génération de Mouloud Feraoum instituteur comme son père,  et écrivain assassiné, c'est à dire un intellectuel de l'entre deux guerre. Ambiguïté, c'est un traite  aux yeux de ses compatriotes, car il enseigne le français à des non français. " Mon père en prison, arrêté par l'armée de la France, est un terroriste ? Un criminel ? Il n'a pas parlé, peut-être à sa femme, il ne nous a pas dit ses prisons, plus tard, des années plus tard, on saura qu'il a appris à lire et à écrire à un jeune détenu qui partageait sa cellule, le maître et l'élève dans la prison militaire, dans la ville la plus chaude du pays, et si la terre avait tremblé, une fois encore, les prisonniers se seraient enfuis et mon père serait revenu avec son disciple dans la maison d'école où l'attendent sa femme, la Française à l'index, et ses quatre enfants..."Son père était un homme engagé pour l'indépendance de l'Algérie. La petite Leïla parle le français car c'est la langue de sa mère, la langue du pays colonisé, mais plus particulièrement celui de l'école. " Nous portions, mes sœurs et moi, en carapace, la citadelle de la langue de ma mère, la langue unique, la belle langue de la France, "Il y a aucune raison pour elle d'apprendre et de parler l'arabe. Leïla Sebbar évoque les rapport complexe entre l'Algérie et la France. Elle questionne son père au sujet de l'Algérie, pays qu'elle aurait aimé mieux connaître si elle possédait la connaissance de la langue, l'arabe. Mais Leïla Sebbar disait dans une interview (c'est très juste et je l'ai déjà entendu quelque part) qu'on (l'écrivain) écrit sur un manque et c'est pour cela qu'elle écrit. L'importance de la langue de sa musicalité, de l'identité, de ses racines.
Elle questionne les femmes et les hommes qui ont croisé la vie de son père et ces personnes parlent l'arabe. Ce sont les femmes et les hommes qui ont croisé la vie de son père qui parlent sa langue qu’elle questionne. Un travail de mémoire essentiel pour l’auteur qui écrit pour découvrir et comprendre son père et se rapprocher de lui. Le récit de Leïla Sebbar est remplit de brutalité, les phrases sont courtes et le débit est rapide.

Excellent article ici

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