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vendredi 19 novembre 2010

La peinture Russe ou Le Rouge dans la Peinture

Le tableau de Matisse : Atelier Rouge 1911
" Sa couleur était matière bien que d'une fluidité légèr. L'intensité lumineuse qui jaillissait de cet étrange fond en perspective, je crois qu'on ne l'avait jamais vu auparavant chez aucun peintre. " " L'Atelier Rouge, c'est toute l'histoire de la peinture, et même toute l'histoire de l'art réunie en une seule toile."

L'Atelier rouge de Sylvia Tabet évoque la peinture Russe. Il est question essentiellement d'une discussion imaginaire entre deux peintres, à New York durant une nuit de novembre, au milieu d’une grande pièce dont les murs sont peints en rouge sombre. Sylvia Tabet expose dans cet ouvrage plusieurs portraits de peintre, c'est comme cela que je perçoit son histoire de fiction. Dans cet atelier, Mark Rothko, Nicolas de Staël et dans un coin le romancier Romain Gary. Tous les trois ont des origines russes. " Un Russe c'est quelqu'un qui porte un baluchon dans la tête ou qui est toujours prêt à partir. Un Russe aime Dieu et la musique, et sait résister au froid par tous les moyens. Un Russe a l'âme atteinte d'une langueur qui jamais ne s'éteint. Un Russe est un être compliqué, charmant, souvent, mais compliqué, et plutôt lyrique. Exigeant, aussi. Avec lui-même comme avec les autres. Être russe, c'est avoir conscience, en permanence, de l'être. Comme en exégèse de soi-même, continuellement. Juif et ruse à la fois, pas de doute, c'est encore pire. Et mieux encore, pour la sensibilité, bien sûr, je le dis en tout modestie : et il y a pas de mesure dans l'empathie et la réflexion." Ils (les deux peintres) évoquent Léo Castelli un célèbre marchant d'art contemporain. C'est lui Léo Castelli qui a organisé une exposition à New York de Mark Rothko et Nicolas de Staël. Il évoque aussi un grand peintre juif russe Chagall dont la couleur rouge teint une place importante dans sa peinture. Mais il en est de même pour Kandinsky, Soutine peintre d'origine russe qui ont connu l'exil. Mais la conversation entre les deux peintres est houleuse car ils sont de sensibilité opposée, Romain Gary nous dit : " N'oublions pas : Markus méprisait Nicolas, Nicolas n'ignorait pas cela . " mais de Staël vénérait le travail de Rothko
Mark Rothko
ou
Marcus Rothkowitz
Il est né en Russie en 1903, il émigre aux États-Unis en 1913. Il est issu d'une famille juive."Le milieu dans lequel je grandissais était très religieux. Mon école, c'était la yeshiva et je parlais le yiddish mieux que russe. Nous étions très pratiquants." Il se marie en 1932 avec Edith Sachar. En 1940 qu'il adoptera le nom anglicisé de Mark Rothko, deux ans après avoir pris la nationalité américaine. C'est véritablement dans les années 1950 que sa carrière démarre, notamment grâce au collectionneur Duncan Phillips qui lui achète plusieurs tableaux, et, après un long voyage du peintre en Europe en Italie entre autre. Les années 1960 seront pour lui la période des grandes commandes publiques (université Harvard, Marlborough Gallery de Londres, chapelle à Houston) et du développement de ses idées sur la peinture. Mais cet élan créateur et de reconnaissance sera stoppé par la maladie, un anévrisme de l’aorte handicapant qui l'empêchera de peindre des grands formats. Mark Rothko se suicidera en 1970 à New York. Rothko a été un homme de tête engagé politiquement. " Ma conviction que la peinture a forcément un sens politique, ou messianique, vient de cette éducation religieuse que j'ai reçue d'une famille pourtant éclairée et engagée politiquement - mes parents étaient sioniste."

Nicolas de Staël
est né le 5 janvier 1914 à Saint Pétersbourg. Il perd ses parents alors qu'il n'est qu'un enfant. Il sera recueilli par des parents d'origine russe en Belgique, à partir de ce moment là une grande tristesse l'envahit. " Ma mère,-ma mère adoptive, s'inquiétait car dans mes lettres je lui faisais souvent part de cette tristesse. Je lui avouais aussi autre chose : je savais d'avance que je ne serais jamais compris. À mon père adoptif, j'ai même écrit, - j'étais très jeune encore, à peine plus de vingt ans -, que ma vie serait un continuel voyage sur une mer incertaine." C'est là en Belgique qu'il étudie la peinture . Dans les années 1930, il voyage à travers l'Europe, il séjourne entre autre en Italie, il vit à Paris 1934 et au Maroc 1936 (où il rencontre sa compagne, Jeannine Guillou, peintre, qui apparaît dans ses peintures de 1941 et 1942). Il rejoint la Légion étrangère en 1939 et est démobilisé en 1941. Il vit alors à Nice où il rencontre Alberto Magnelli, Jean Arp, Sonia Delaunay et Robert Delaunay qui inspirent ses premières peintures abstraites, les « Compositions ». En 1943 (sous l'occupation nazie), De Staël retourne à Paris avec Jeannine ; ces années de guerre sont très difficiles (Jeannine meurt en 1946). Quelques mois après la mort de Jeannine, il épouse Françoise Chapouton dont il aura deux enfants, Laurence et Jérôme. Il rencontre alors Braque et une première exposition en 1944 avec Kandinsky et Magnelli attire sur lui l'attention de la critique." Nous étions réunis pour enterrer Kandinsky . Après le sermon, avec quelques autres Russes en exil, Lanskoy et moi nous somme des fils en deuil. C'est le treize décembre 1944. Kandinsky était notre père à tous."Il connaît un grand succès aux États-Unis et en Grande-Bretagne au début des années 1950. En 1953, une dépression l'isole dans le sud de la France puis à Antibes, où il se suicide en se jetant de la fenêtre de son atelier en 1955.Le concert son dernier tableau : " Un grand vermillon interrompu par un piano noir, puis les partitions, puis une contrebasse qui semble énorme. Une façon de dire le doute définitif qui m'absorbait."
Rothko envie de Staël qui a eu la chance de fréquenter les grands peintre russe. J'aime beaucoup comme il parle de Chagall avec beaucoup de tendresse." Markus a raison. Pour moi, Chagall est aussi un payssage d'enfance, une sorte de rêve mais qui pour nous, les exilés, les rescapés des pogroms, n'a finalement jamais eu lieu. Ces terres n'étaient pas des terres de paix, sinon nos parents ne les auraient jamais quittées, même pour la beauté de la langue française ou le rêve de la terre d'Amérique." Romain est le trait d'union entre les peintres. Livre terriblement attachant et passionnant à la fois qui permet de découvrir ces deux peintres à la fois connus et pas si connus que cela. Mais c'est aussi une réflexion sur la peinture, un livre fort intéressant !

Envie d'en savoir plus et surtout de lire la biographie de Nicolas de Staël le prince foudroyé
Je vous invite à vous rendre chez Lily une amoureuse de la peinture de Nicolas de Staël , et là très intéressant elle évoque un ouvrage intitulé Rouge majeur de Denis Labaye,

Je trouve que ce tableau à forte dominante rouge "figure au bord de mer "de Nicolas de Staël répond au tableau de Matisse "l'atelier rouge."

3 commentaires:

Lou a dit…

J'adore Rothko, j'ai fini par me décider à acheter un petit livre sur lui. J'ai également un livre sur Staël vu lors d'une exposition. Jolie choix d'illustrations en tout cas !

Malice a dit…

Merci Lou :-)

Lily a dit…

Merci, merci, chère Alice, ah oui, bien sûr, ce livre me parle et il faut que je le lise !
Pour le Prince foudroyé, c'est quand tu veux :)