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mercredi 6 octobre 2010

GARY VICTOR : Le sang et la mer

Rentrée littéraire 2010

Lors du Festival America 2010, j'ai assisté à une rencontre avec cet auteur haïtien Gary Victor. Il est question de littérature dans ce roman est la littérature a joué un rôle fondateur dans la jeunesse de Gary Victor dont le père était professeur de littérature. Pour les choix de lecture d'Hérodiane, il s'est inspiré de sa mère qui avait des goûts éclectiques en matière de littérature. L'importance des quartiers joue un rôle très important en Haïti par exemple les parent de Gary Victor sont issus de quartiers différents, sa mère était originaire d'un quartier pauvre, bidonville, misère, exclusion,
alors que son père fut lui issu d'un tout autre quartier.

"La nuit où le sang a jailli de mon ventre, j'ai rêvé de la mer marchant sur terre, telle une multitude de moutons dont la toison était l'écume blanchâtre des vagues venant battre en cadence les rochers dans la baie de Saint-Jean." L'importance capitale du sang et de la mer est réunie dans cette première phrase qui ouvre le roman. Hérodiane, une jeune fille de dix-sept ans , est le personnage centrale du roman. Elle a un frère Estevèl, elle est très proche de lui, un lien presque incestueux les unis l'un à l'autre. Image récurrente chez Estevèl " Ils m'expliqua qu'il voyait dans ses rêves un vieillard dont le corps était fait d'eau de mer. Ce vieillard lui tendait toujours la main pour l'inviter à partir à découverte du monde " Ils sont orphelins, ils quittent le village Saint-Jean en bord de mer pour Port au Prince, et ils s'installe dans un quartier nommé Paradi. Cette jeune fille doit avorter , au début du roman, parce que son prince charmant, Yvan ne voulait surtout pas garder l’enfant d’elle. Il est issu de la haute société. " Combien de fois n'avais-je pas rêvé, quand je m'assoupissais dans le vieux fauteuil à bascule de mon père, en milieu d'après-midi, qu'un prince, beau, blanc, aux yeux bleus, arrivait à cheval pour m'emporter dans ses bras par un long sentier bordé d'arbres à l'aspect sinistre et menaçant." Hérodiane se remémore sa rencontre avec Yvan Guéras, jeune mulâtre aux yeux bleus, aux manières raffinées et héritier d’une des familles les plus riches d’Haïti, son rêve prend enfin forme. Port au Prince est une ville carnivore, dévoreuse des sentiments, ville cannibale, la ville est traité comme si c'était un personnage. Le rêve est important pour les haïtiens, tout comme être noyés par l'imaginaire, la magie, le merveilleux car il permet un soulagement du réel, du quotidien violent. Hérodiane est une jeune fille qui porte un regard aigu sur le monde qui l'entoure. " Personne, même ma mère, ne m'avait avertie qu'un jour la lune se mettrait à rythmer ma vie. Aucune femme de ma famille, du côté maternel, n'avait vu arriver le sang à cet âge." Son frère désire que sa sœur reçoive une éducation, et qu'elle aille à l'école, même si ils sont sans le sous. Mais, Hérodiane est sous l'emprise d'Yvan qui incarne une des grandes fortunes du pays, et par le biais de sa relation avec lui elle découvre ses discours et c'est un cauchemar terrible qui l'anéanti.
" Et puis les Guéras n'ont pas la réputation de faire dans le social. Ce sont des prédateurs, des hyènes, rien d'autre. "" Ce Guéras vous laissera tomber comme un kleenex dont on vient se servir. "" Paradi, c'est le nom qu'ont donné au bidonville ses premiers habitants. Mais le terrain sur la montagne nous appartient. "

Elle se brûle littéralement en côtoyant l'enfer, mais Gary Victor montre que l'on peut s'en sortir il croit en l'être humain et qu'il y a de l'espoir. Avec ce roman, Gary Victor souligne bien que le sexe peut-être un passeport pour la réussite sociale, la différence qui existe entre riches et pauvres. L'écriture de Gary Victor est poétique, il sait mélanger le fantastique et le merveilleux. Hérodiane, symbolise le sang et son frère Estevèl lui c'est la mer. À la lecture de ce roman, la référence à une tragédie antique va de soi. J'ai été complétement envoûté par ce roman très fort. l'écriture est tellement belle et poétique, violente comme un coup de poing que l'on reçoit en pleine figure. Voilà un livre qui m'a mit chaos et époustouflé, un roman marquant pour moi que je n'oublierai pas.
Car, j'ai trouvé que ce roman était parfaitement maîtrisé de la première à la dernière page ce qui est extrêmement rare !

Livre lu par Gangoueus

2 commentaires:

GANGOUEUS a dit…

Merci pour le lien vers mon blog, chère Malice.
J'aime bien ton commentaire qui soulève d'autres aspects intéressants et complémentaires de ceux que j'ai présenté. En particulier quand tu parles de l'écriture de Gary Victor.
Je serai curieux d'avoir ton avis sur Banal oubli, son roman précédent, où Gary Victor imagine un auteur traqué par un personnage d'un roman qu'il est entrain d'écrire. C'est original, jouissif et en même temps Port-au-Prince est au coeur du roman. C'est une sorte de polar...

Malice a dit…

Je pense relire un livre de Gary Victor tellement que j'ai été sous le charme de son écriture. Et peut-être celui là !