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samedi 13 juin 2009

ESTHER KHAN : le livre et le film


J'ai d'abord connu le film Esther Khan que j'ai vu à sa sortie et je me souviens que j'avais eu un gros coup de foudre pour ce film le même, exactement le même que pour le conte de Noël vu l'année dernière.

Puis quelques années plus tard, il y a pas bien longtemps j'ai trouvé chez Gibert d'occasion livre d'Arthur Symons accompagné d'une préface d'Arnaud Desplechin. Puis qu'Esther Khan est adapté d'une nouvelle de cet écrivain au destin brisé qui après la célébrité et les fastes de la vie londonienne a connu le dénuement de l'asile.
Auteur totalement méconnu en France, enfin donc j'ai pas hésité j'ai acheté ce livre pour trois fois rien.
Puis, après avoir lu cette nouvelle, car Esther Khan est une nouvelle, j'ai eu très envie de revoir le film, évidement donc je l'ai acheté très récemment. C'est un grand bonheur de revoir ce film.

Présentation de cet auteur méconnu Arthur Symons (1865/1945)

C'est un auteur qui a un pied dans la fin du XIXème siècle et un autre dans le XXème siècle. Il est né dans le pays de Galles en 1865.
Il est avant tout un poète influencé de Baudelaire et de Verlaine. Il est l'ami de Yeats. Il a publié en 1899 un texte intitulé "Mouvement symboliste en littérature". De nombreux auteurs se sont reconnus dans ce mouvement symboliste en France : Huysmans, Maeterlinck, Verlaine et Villiers de L'Isle-Adam. Donc il a écrit des essais, dramaturge, francophile, il traduit les œuvres de Guy de Maupassant, Émile Zola, Paul Verlaine, Charles Baudelaire ou Stéphane Mallarmé. Après qu'il a connu une certaine célébrité au sein de la société londonienne, l'écrivain sombre dans la misère et la déchéance. Il finit ses jours dans un asile psychiatrique.

Ester Khan 
traduit par Pierre Leyris
nouvelle tirée de son recueil " Les aventures spirituelles" en 1905

Avec cette nouvelle on pourrait faire un parallèle, un rapprochement avec L'innocence de Tracy Chevalier. Même si les deux romans ne se situent pas à la même époque.
Mais ces deux textes se déroulent dans Londres. Avec Ester Khan nous sommes dans le quartier juif de Londre au nord-ouest dans les rues de Lambeth (donc le même quartier de Maggie, Maisie et Jem dans l'Innocence de Tracy Chevalier).
Esther est une enfant issu d'une famille unies, juive, tailleur, ils travaillent dans la confection. L'intérieur du foyer est douillet, elle n'aime pas aller jouer dans la rue." Enfant, Esther avait une étrange terreur de la rue où elle vivait." Sa famille est pauvre mais très cultivée. Esther est une enfant rêveuse qui a du mal à faire face au réelle. Elle veut faire du théâtre être dans la lumière. Elle veut aussi fuir son milieu social juif. " Elle inventait des histoires sur les maisons, mais ce histoires ne la satisfaisaient jamais. ""Pour elle, les gestes des gens signifiaient toujours davantage que leurs paroles n'exprimaient jamais tout à fait. Elle guettait toujours inconsciemment leur sens". 
Elle obtiendra un petit rôle de bonne dans " Les Gages du Péché" puis elle monte les étapes et obtient un rôle plus important. Un jour, elle rencontre un vieil acteur, un Juif Nathan Quellen qui fera d'elle une grande actrice. Le premier conseil qui lui donne c'est "il faut que tu prennes un amant ; il faut que tu sois amoureuse. Il n'y a pas d'autre manière." Elle fera la connaissance de Philippe Haygarth un homme plus âgé qu'elle, un jeune dramaturge, respecté. Et son amitié, sa rencontre va faire qu'elle va s'ouvrir, se transformer, grandir évoluer " Cela avait été vraiment une nouvelle vie ou le commencement même de la vie." Avec lui elle va découvrir les grandes figures théâtrales à connaître tirées de Shakespeare bien sûr Juliette, Lady Macbeth, Cléopâtre, il lui apprend à dire de la poésie. Elle fait la connaissance du théâtre Ibsen. Elle est obstinée Esther elle veut à tout pris être une immense actrice. C'est vraiment une très jolie nouvelle sur le théâtre et c'est un beau portrait d'une jeune actrice.


Christine Jordis évoque la nouvelle Esther Khan dans son essai Promenades anglaises ( p 73/74)

Prélude à la vie
est un texte autobiographique d'Arhur Symons traduit par Pierre Leyris
Le titre est magnifique on pense à Chopin et ses nombreux Préludes.
Il évoque ses souvenirs d'enfance "Si j'ai été un vagabond, incapable de m'enraciner en aucun lieu du monde, c'est que je n'ai aucun souvenirs anciens d'un ciel ou d'un sol particulier."ses lectures et son rapport à la lecture " Je n'ai appris jamais à lire convenablement avant d'aller à l'école à l'âge de neuf ans." Il doit à Don Quichotte la passion de la lecture. La religion a une place importante dans son enfance. Du "je" on passe au "elle" c'est sa mère, un très beau portrait. " elle rêvait chaque nuit des rêves précis, élaborés, qu'elle nous racontait au matin avec la même clarté que si elle nous eût raconté un événement réel."
Le style d'Arthur Symons est une merveille de finesse, de précision dans les descriptions. En peu de mots il dit une infinité de choses. Cette nouvelle est un véritable petit bijoux.




Le Film d'Arnaud Desplechin 

avec dans le rôle d'Esther Kahn : Summer Phoenix - Film sorti en 2000

Arnaud Desplechin fait partie de la famille de réalisateur dont les livres tiennent une place importante. D'ailleurs, comme beaucoup de réalisateur français que j'admire beaucoup en premier François Truffaut, Jean Eustache, Louis Malle, Eric Rohmer ... voilà quelques uns.Ce film est une petite merveille dès le générique, déambulation dans un Londres gris qui pourrait être Roubais (la ville d'origine d'Arnaud Desplechin).



Les tableaux de spectacle sont ceux je suppose de Walter Richard Sickert. Les fermetures l'iris qui clôturent chacune des séquences sont un hommage au cinéma muet de Griffith. Ce procédé fut repris par les réalisateurs de la Nouvelle Vague. Pour ce film, Desplechin s'est inspiré de l'Enfant Sauvage de Fr. Truffaut, cela est comme une évidence surtout au début Esther Khan enfant. Desplechin a une immense admiration pour Truffaut, il a bien raison.

Pour l'ambiance du film au niveau visuel on pense à Degas, Toulouse Lautrec en ce qui concerne les couleurs surtout.

Esther Khan interprète le rôle d'Hedda Gabber d'Ibsen. C'est très bien filmé et vu, les caprices d'une jeune actrice Esther qui se sent incapable de jouer parce que son fiancé, la quitté pour une autre femme. Esther sombre dans la folie, la jalousie, ces sentiments fort et
violent qu'elle possède au plus profond d'elle lui sera utile pour se réaliser et être la grande actrice qu'elle souhaitait être. Je trouve toute cette séquence magistrale. Durant tout son apprentissage, elle fera tout pour être une grande, mais face à Philip et à sa nouvelle fiancée elle ne peut pas. Ce film est de toute beauté et le travail d'adaptation est magnifique parce que la nouvelle est courte d'une vingtaine de page pour en faire un film aussi riche de 2h25 environ, il s'est servit aussi pour enrichir son scénario du Prélude à la vie qui est un texte autobiographique sur Arthur Symons. Il faut être doué et c'est pour cela qu'Arnaud Desplechin est un grand réalisateur et à réussit avec brio ce tour de force.
Summer Phœnix est une magnifique Esther très attachante, touchante, merveilleusement photogénique.
La musique est superbe elle souligne le bien le climat du film.
Ce film est une belle fresque un très bel hommage qu'Arnaud Desplechin rend au Cinéma naissant.
Point faible du film vient de l'interprétation de certains acteurs, je trouve que cela est bien dommage car cela gâte, voir gâche le charme du film, selon moi.
Entre autre, le choix d'avoir pris Fabrice Desplechin (qui n'est pas acteur) pour interpréter le rôle de Philippe Haygarth. Son fort accent français arrache l'oreille, il n'est pas du tout mélodieux comme celui de Summer Phoenir qui est chantant, doux à l'oreille. Puis je ne sais pas qui dit la voix off mais elle est excellente.

5 commentaires:

kathel a dit…

J'avais beaucoup aimé Esther Kahn (le film) et aussi Rois et reines, mais qu'est-ce que Un conte de Noël m'a ennuyée ! En partie pour des raisons personnelles, mais pas seulement... Je l'ai trouvé lent et mal joué par certains acteurs...

Ys a dit…

Que je me suis ennuyée en regardant ce film ! J'en ai vu environ une heure et demi, il m'en restait au moins autant et j'ai arrêté parce que franchement, c'est très très long...

chiffonnette a dit…

Je n'ai pas vu le film, je n'ai pas lu l'oeuvre originale! Mais je vais essayer de trouver le dvd au moins!

Malice a dit…

@ Kathel : C'est vrais que dans Conte de Noël il y a des longueurs mais c'est un film que j'ai tout autant aimé qu'Esther Khan !
@ Ys : Ah ! Dommage ;-)
@Chiffonnette : oui selon je pense que si on aime la littérature d'apprentissage on ne peut qu'aimer ce film, me semble t-il !

Lou a dit…

Je viens de finir mon billet mais il ne sera publié que dans quelques jours. Merci encore pour ce prêt, c'est un livre court mais vraiment foisonnant d'idées, très dense ! Moi qui adore les classiques britanniques, je ne pouvais pas passer à côté, ce que j'aurais fait sans toi !