dimanche 8 novembre 2009

EDEM AWUMEY : Les pieds sales


"Longtemps, nous avons été sur les routes, mon fils. Si tu partais, tu comprendrais. Pourquoi ils nous ont appelés les pieds sales".

Dans Paris, Askia, chauffeur de taxi erre à la recherche du père absent Sidi Ben Sylla Mohammed, image fantôme de l'homme au turban. Cet homme qu'il n'a pas revu depuis trente ans, ce père parti rejoindre un soit disant lointain cousin qui travaillait dans une usine à Aubervillier comme ouvrier chez Simca. Il rencontre Olia , une jeune photographe d'origine bulgare, elle aurait pris son père, en photo ? " La fille croyait que Sidi avait accepté de poser pour elle parce qu'il n'avait pas peur que l'objectif fit la lumière sur son âme et ses vies multiples. Parce qu'il espérait aussi que l'objectif le figerait à jamais sur le papier et lui permettrait d'échapper à la malédiction."
Askia vit dans un squat, il doit ce logement à Tony originaire lui aussi de Guiné. En parallèle, à Paris Edem Awumey, nous évoque les racines d'Askia, l'Afrique : Nioro en Guiné, le lieu de départ quand il avait cinq ou six ans. Il va souvent sur le parvis de Beaubourg où là il retrouve ses amis des pieds sales comme lui des hommes et des femmes, à la recherche d'identité ?
" Sur le chemin, il regarda la fille et sentit la question : "Qui es-tu ?" revenir dans ses yeux. Alors il pensa que, pour dire et comprendre "Qui es-tu ?", il fallait qu'il remonte encore à très loin, aux tracés et bordures de ces routes de campagne qu'il avait parcourues lorsqu'il avait quitté le Sahel avec ses parents."Des passages qui font froid dans le dos et ils soulignent bien ce climat d'étrangeté, le chapitre 12, un vieux passager, et le chapitre 20 cette fois c'est une passagère. Vers la fin il prend dans son taxi un homme qu'il a connu et là aussi c'est des frissons étranges .
"- Et je te retrouve ici, dans cette ville étrangère à ce que nous étions. Je me dis que t'es parti, t'as déserté parce que t'as cru que cette ville et sa nuit qui ne savent rien de ton passé, pouvaient te protéger. Mais, tu le sais bien, le passé, le passé, c'est comme une femme amoureuse qui ne nous lâche pas. Ta nouvelle situation n'y change rien . Désolé, l'ami. Crois-moi, j'aurai voulu te retrouver dans d'autres circonstances, pour célébrer une messe autre que celle-ci"
L'auteur fait référence à un grand classique de la littérature mexicaine autour de l'identité et la recherche du père : Pèdro Paramo de Juan Rulfo, entre autre, livre peuplé de fantômes. Mais Askia est aussi un Télémaque, la figure de Don Quichotte "Vous autres, chevaliers errants, vivez en rêvant et rêvez en vivant" est présente. Malgré que ce roman soit court, est d'une grande richesse en informations qui en font un roman fort passionnant . J'aime les romans qui demande au lecteur un travail d'imagination, nous sensibilise, nous fait ouvrir grand les yeux, en ce qui concerne l'autre l'étranger. En un mot un livre excellent !

Livre lu par Papillon, Laurence, Jules

5 commentaires:

Laurence a dit…

J'ai beaucoup aimé cette écriture et la façon dont il traite la quête de l'identité. Par contre, je n'ai pas été étonnée que les lycéens aient plus de difficultés à apprécier ce roman (il était dans la liste du Goncourt des Lycéens), car la construction narrative peut être déconcertante.

Jules a dit…

Tu vois le chapitre 20 est venu tout bousiller pour moi... c'était trop, trop impossible... Sinon, c'est très bien!

Titine a dit…

C'est bien, tu n'as pas été déçue par ton choix. J'ai terminé "La diagonale du vide" et je te confirme mon impression : je me suis ennuyée!

Leiloona a dit…

Tu dis qu'il est court : combien de pages ?

Malice a dit…

@ Laurence : Oui, je pense que c'est un livre a étudié qui amène une réflexion, c'est un livre d'une telle richesse j'ai trouvé.
@ Jules : Je te comprends il est certain que ce fameux chapitre est bien étrange mais il n'est pas le seul à mes yeux ;-)
@ Titine : C'est horrible de s'ennuyer à la lecture d'un livre ;-)
Dommage !
@ Leiloona : et bien c'est un livre qui fait 157p !